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Bachir Gemayel c’est l’histoire d’une ascension shekspearienne, celle d’un jeune homme pressé qui voulait brûler les étapes et s’affranchir des interdits.
Il est un des fils de la famille Gemayel, une des trois familles piliers, puissantes féodalités de la communauté chrétienne maronite du Liban et omniprésentes dans la vie politique du pays, dominée chacune par la stature d’un Chef incontesté et incontestable.
Les Gemayel dans les années 40 sont une famille nombreuse et pieuse composée d’une fratrie de six enfants, deux garçons et quatre filles, élevés dans le culte du père, Pierre Gemayel, fondateur historique du parti des Kataëb, les Phalanges libanaises en 1936, et determine charismatique de son aile militaire dont la devise est : « Dieu, Patrie, Famille ».
Bachir est le frère cadet d’Amine, ce fils aîné appelé tout naturellement le jour venu, à succéder à son père, selon les us et coutumes de la transmission du pouvoir au sein des familles.
Le jeune Bachir a du mal à s’accommoder de ce droit d’aînesse, inique à ses yeux. Start alors pour lui un lengthy parcours épineux pour se forger une légitimité au sein du clan. Il lui fallait faire ses preuves, d’abord aux yeux du Père, et puis auprès des jeunes gardes du parti. Il lui fallait imprimer dans les esprits que s’il n’était pas l’héritier, il était bien la relève.
C’est auprès des jeunes recrues des Phalanges que Bachir gagnera ses premiers galons. Il est de leur génération, il parle comme eux parlent, il s’habille comme eux, partage leur quotidien. Homme de terrain, il est un des leurs… Davantage que leur estime, Bachir Gemayel récoltera leur amour et leur loyauté.
Les guerres civiles sont de puissants catalyseurs qui favorisent l’émergence des aventuriers, les audacieux jusqu’au-boutistes, qui ne s’embarrassent pas de l’ordre chancelant d’avant. Une bonne guerre civile se nourrit de sang et de larmes, et vous autorise de surcroît de ne pas devoir vous justifier.
Bachir, à la tête de ses miliciens, mènera cette guerre d’une primary de fer sans faiblir ni varier. Dans sa ligne de mire les palestiniens des organisations de Fedayins implantées au Liban depuis les accords du Caire, mais également ceux qui peuplent les camps de misère comme celui de Tall el-Zaatar… dans sa ligne de mire les occupants syriens.
Bachir mènera aussi une autre guerre, fratricide celle-là, avec les autres factions et milices chrétiennes, une guerre sanglante, d’une extrême violence causant beaucoup d’amertume et de profondes blessures.
En mai 1979, Bachir Gemayel instaurera une fusion forcée des milices qui ne mettra pas un terme pour autant aux règlements de compte et aux affrontements dans les rangs chrétiens.
Malgré tout, Bachir parvient à accéder à la première marche sur le podium. Il devient officiellement l’interlocuteur désigné pour les différents partis politiques libanais mais également pour les capitales du monde occidental.
Le 13 septembre 1979, pour la première fois, le président libanais Elias Sarkis reçoit Bachir Gemayel au palais présidentiel à Baabda.
Ayant réussi à s’imposer comme l’héritier, son rêve libanais semble dorénavant à portée de primary.
Le 22 novembre 1980, dans son discours, Bachir Gemayel se pose indirectement en candidat à la présidence de la République.
Mais Bachir, réfléchi ou téméraire, proceed de faire voler en éclat tous les tabous. Sa relation assumée avec les dirigeants israéliens choque et indigne.
Au Liban et dans le Monde arabe, les critiques à son égard fusent. Elles sont virulentes : trahison, lien avec l’ennemi…
Le 23 août 1982, Bachir est élu président de la République au 2ème tour du scrutin.
Aux dirigeants israéliens qui le somment de signer un accord de paix avec l’Etat hébreu, Bachir, président élu, demande des délais pour obtenir l’aval de l’islam libanais.
Celui qui avait fait voler en éclat tous les tabous, ne s’était finalement pas résigné à franchir le Rubicon, au grand dam de Tel-Aviv.
Dès le lendemain de son élection, le président Bachir Gemayel veut conquérir le cœur des Libanais, tous les Libanais. Il veut abolir la ligne de démarcation qui sépare, il veut se rendre dans la partie ouest de Beyrouth à la rencontre des musulmans. A Basta, le plus emblématique des quartiers populaires, Bachir Gemayel est accueilli avec ferveur, acclamé par la foule et porté sur les épaules.
Ce jour-là Bachir n’avait plus besoin d’un nom de famille. « L’homme des 10 452 km2 » suffisait à l’aura de son prénom.
Le 14 septembre 1982, Bachir Gemayel est tué dans une explosion au siège des Phalanges.
Son frère aîné Amine lui succèdera dans la foulée.
*réalisatrice, productrice de l’émission Espace francophone
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